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Trois-Pistoles... Mes grands-pères y étaient forgerons. Mon père y faisait fonction de beurrier-fromager. J’y ai passé mon enfance, à courir sur la grève Fatima dans les beaux jours de l’été, à me baigner dans le fleuve devant les Islets D’Amours, à ramasser des clams devant l’île aux Basques, à courir sur la voie ferrée pour y empocher le charbon dont on manquait parfois à la maison, à éviter le Petit Canada parce que, disait-on, le mauvais esprit des Malécites y vivait encore sous forme de chasse-galerie et de fifollettes. Et ce passé-là, je n’ai jamais pu le ranger dans un tiroir de ma mémoire, car ainsi se comporte la culture lorsqu’elle est celle de vos origines, elle vous habite, vous harcèle et vous oblige à vous en ressouvenir sans cesse parce que, au beau mitan d’elle, c’est de votre avenir dont elle rend compte.

Si je suis devenu écrivain, éditeur, polémiste et dramaturge, je le dois à mon enfance dans Trois-Pistoles. J’y ai entendu les premiers contes de ma vie, ceux sur la construction de l’église par le cheval du diable, ceux sur la maison hantée et le quêteux du Deuxième rang, ceux sur les sorciers, les enleveurs d’enfants et les chasseurs de trésors. J’y ai vu aussi mes premières pièces de théâtre, dans lesquelles jouaient mon père et mon oncle Philippe.

C’était en un temps où les Mantines habitaient un ancien moulin à farine, que les grosses roues de fer des premiers tracteurs martelaient l’asphalte, que les hennissements des chevaux se faisaient entendre jusqu’aux confins du vieux pont de fer de Tobune.

Trois-Pistoles a bien sûr changé depuis ma saine enfance. Mais il en est resté ce goût profond pour la culture, qui s’exprime par les pièces qu’on fait jouer au Caveau-Théâtre, par le Festival de contes dit des Grandes Gueules, par la Chorale Art-Fa des Neiges, par la peinture telle qu’on peut l’apprivoiser à la Maison du notaire et au Studio de Léonardo de la Maison de VLB, par les Éditions Trois-Pistoles qui célèbrent cette année leur dixième anniversaire de fondation et dont le catalogue compte plus de deux cents titres, par l’École de langues et par l’intégration des immigrants venant chez nous faire l’apprentissage de la vie québécoise.

Voilà qui explique que je vous invite à surfer sur nos vagues culturelles, convaincu que vous y ferez la découverte de la plus belle ville du plus beau comté du Québec, chaleureuse comme un bon pain fesse, accueillante comme un coucher de soleil rosissant le paysage et divertissante comme le flux et le reflux des grandes marées.

 

Victor-Lévy Beaulieu